L’Iris, œil du paradis

Un article de Pierre ANFOSSO. Publié en 1984 dans la revue « JARDINS DE FRANCE », n° 6/7, pp. 219-224, de la SNHF, il a été enrichi par des liens hypertextes.


  • (1) Les Iris et les Hommes
  • (3) Les Pogoniris (Iris des Jardins)
  • (5) Les Iris Arils
  • (7) Les Iris Louisiana
  • (9) Les Iris japonais ou Kaempferi
  • (2) Les sources des Iris modernes
  • (4) Les Iris Remontants
  • (6) Les Iris spurias
  • (8) Les Iris Sibirica

Œil du paradis, c’est la figure, dit-on, qu’avaient choisie nos ancêtres, les nomades méditerranéens, pour désigner l’Iris. Et même si c’est faux, peut-on trouver mieux !

1. Les Iris et les Hommes

Aussi loin que l’on peut remonter dans l’histoire des hommes et des civilisations, on découvre la présence des Iris. Apparu sur Terre, on ne saura jamais comment, il y a environ 70 millions d’années, au moment où les grands continent étaient encore reliés, le premier Iris allait cheminer et se différencier sur tout l’hémisphère Nord. Dès l’aube des civilisations, cette fleur est chargée d’un contenu magique et divin, dû sans doute, à ses brillants coloris, et à sa présence toujours fidèle auprès des hommes.
Sur le Mont Olympe, symbole mythologique de l’arc-en-ciel, l’Iris, message de bonne nouvelle après les tempêtes, du ciel à la Terre, unit les dieux et les hommes ; fleur-déesse ou déesse-fleur, née du sang d’Apollon. Gravé, il y a 6 000 ans sur les murs du palais de Minos, à Knossos, découvert en Syrie par le pharaon Tholmes VI, ramené en Egypte et figuré sur le sourcil du Sphinx, divinisé et largement représenté sur les décorations étrusques (vase du musée étrusque de Florence), il est l’Iris des hommes. Né, sans doute au Tibet, il est vénéré dans les textes sacrés, comme venu du ciel et symbole de la Trinité, toujours présent dans l’art oriental.
C’est ce côté divin et sacré de l’Iris qui est le plus constant dans l’histoire des hommes. Par son cycle de végétation, séché, transporté et ressuscité, compagnon de voyage des tribus nomades, symbole de résurrection, il se répand sur tout le bassin méditerranéen. Il est présent aussi dans la Bible, sous le nom de « Lys » ; les lis ne sont pas originaires d’Asie mineure et il est très vraisemblable que ce terme fut subtilisé au nom Iris, déjà très utilisé par les religions païennes.
Guide de Clovis, les Iris indiquent un gué sur la rivière et lui donnent la victoire sur les Goths. Clovis, reconnaissant, choisi l’Iris comme symbole de la monarchie française (Fleur de Louis).
Florence, remontant aux peuples étrusques, désigne au XIIIe siècle l’Iris comme fleur officielle de la ville.
Aimés des hommes, les Iris ne pouvaient laisser insensibles les créateurs. Dès l’origine des représentations artistiques, dans les régions où les Iris poussent spontanément, ils sont motifs dans les mosaïques, bas-reliefs, céramiques, tapisseries, étendards et peinture. Symbole de la Trinité, fleur de la Vierge, les Iris sont présents dans de nombreuses Annonciations et Nativités des grands peintres de la Renaissance. D’Hugo Van Der Goes (Adoration des bergers, Offices à Florence) à Van Gogh et Monet, en passant par Vinci (Vierge aux rochers, Louvres), par Pesello (Annonciation de l’Eglise de Saint Esprit de Florence), par Memling (Vierge sur le trône avec l’enfant, musée de Berlin), par Dürer (Vierge aux Iris, musée de Brema), par Bellini (Louvres).
Participant aux exaltations créatrices, les Iris sont aussi présents aux souffrances des hommes. Très tôt symboles magiques, on leur attribue des vertus médicales. Bien que reconnue actuellement sans grande valeur, cette tradition se perpétue pendant dix-neuf siècles, avant que ne soient seulement retenues leurs qualités de parfumerie. C’est alors le rhizome d’Iris pallida qui est utilisé, pour son odeur de violette et sa capacité de fixer les autres parfums.
De l’Afrique du Nord à l’Europe, des rivages américains du Pacifique aux confins de l’Asie, de l’Antiquité au Contemporain, cette relation culturelle et passionnelle des hommes avec cette fleur est unique. Support exemplaire du besoin créateur humain, toujours insatisfait, d’aller voir plus loin ce qui est possible, héritage des ancêtres nomades. La présence constante de cette merveilleuse fleur auprès des hommes peut être expliquée par la résurrection> très facile des rhizomes séchés, conservés et transportés dans d’autres jardins.

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2. Les sources des Iris modernes

( Voir aussi le texte de Laure ANFOSSO)
Les Iris hybrides modernes ont, en fait, une origine très ancienne, remontant au moins au XVIe siècle. Des fleurs de ce type figurent dans une toile de Jan Breughel, qui avait dû voir ces floraisons dans un jardin hollandais.
Les premiers hybrides proposés par les hommes et peu à peu répandus dans le monde, ne remontent qu’au début du XIXe siècle. Ce furent des Européens, et parmi eux des Français, qui participèrent à ce formidable développement qu’ont connu les Iris, et c’est grâce à eux, à tous ces amoureux des Iris, qui les ont peu à peu améliorés et travaillés, que nous pouvons aujourd’hui apprécier les nouvelles variétés.
C’est au début du XIXe siècle que furent introduits et vendus dans le commerce les premiers Iris des Jardins, à l’époque de l’allemand Von Berg et du français De Bure (tous deux étaient nés dans les années 1780). Von Berg, apparemment n’introduisit pas dans le commerce les nombreux semis qu’il décrivit et nomma en latin. Par contre, aux alentours de 1822, De Bure nomma Buriensis, un plicata qui fut la première variété d’Iris de jardin vendue dans le commerce. Cette variété resta longtemps célèbre et on en parla beaucoup dans la presse horticole. De Bure obtint par la suite, vers 1830, plusieurs centaines d’autres variétés d’Iris. Il est certainement celui qui a influencé le développement des nouvelles variétés que nous connaissons actuellement.
Dans les années 1820 à 1840, un autre français, Mr Jacques, influencé par les travaux de De Bure, introduisit des Iris dans le commerce. Ces variétés n’eurent pas beaucoup de succès, à l’exception de ‘Aurea’, qui était encore considéré comme un des meilleurs jaunes au début de notre siècle. Jacques, jardinier en chef du domaine royal de Neuilly à Villers, était un des plus éminents horticulteurs français de la première moitié du XIXe siècle. Il fit mieux connaître les Iris et entraîna Lémon, pépiniériste de Belleville à se spécialiser dans les Iris. En 1840, grâce à ses catalogues largement distribués, il fit connaître une centaine de variétés qu’il obtint par des croisements naturels et auxquelles il donna soit des noms de pays, soit des noms latins. Le plus beau de cette série qu’il appela ‘Jacquesiana’, en l’honneur de Mr Jacques, était un brun pourpre sombre. Il se trouve encore dans plusieurs collections historiques, comme l’est ‘Madame Chéreau’ variété à laquelle il donna, en 1844, le nom de la femme du président de la Société Nationale d’Horticulture. Cette variété plicata eut beaucoup de succès tout au long du XIXe siècle et même au début du XXe siècle. Pendant dix à quinze ans, au milieu du XIXe, Lémon introduisit de nouvelles variétés chaque année. Celles-ci commencèrent à apparaître dans les catalogues de Louis Van Houtte de Ghent, de Victor et Eugène Verdier à Paris et de John Salter en Angleterre. Ils offrirent plus tard leurs propres semis pour rivaliser avec ceux de Lémon et aussi pour augmenter la réputation de leur propre pépinière.
Après la guerre Franco-prussienne de 1870, l’intérêt qu’avaient suscité les Iris déclina peu à peu en Europe. Par contre en Amérique du Nord, les premiers immigrants, dès le début du 19e siècle, avaient apporté avec eux des Iris. Quelques pépiniéristes mirent en vente des hybrides d’Iris germanica et florentina, et vers le milieu du siècle quelques hybrides de Lémon ; puis des hybrideurs américains produisirent leurs propres semis.
En Angleterre, Sir Michael Poster, professeur de physiologie à l’université de Cambridge, fut à cette époque un des chercheurs pionniers dans le domaine des Iris. Il les étudiait depuis longtemps et cultivait de nombreuses espèces qu’il recevait d’Europe et du Proche-Orient. Il produisit de nombreux semis et obtint des hybrides de différentes espèces. Après sa mort, en 1907, quelques-unes de ses meilleures variétés furent introduites dans le commerce : ‘Caterina’, ‘Crusader’, ‘Kashmir White’… Il laissa des notes détaillées, accompagnées de dessins qu’il avait recueillis auprès de son ami W.R.Dykes. Celui-ci prit sa succession, amassa une importante collection qui fut la base de ses recherches. C’est dès le début de la guerre de 1914-18 qu’il commença à faire des croisements. Mais la plupart de ses variétés ne furent distribuées qu’après sa mort accidentelle en 1925. W.R. Dykes consacra une partie de sa vie à l’élaboration d’un ouvrage, qui allait devenir la « Bible des Iris » : THE GENUS IRIS, imprimé à Cambridge en 1913, devenu très rare et recherché.
L’amélioration spectaculaire des Iris au début du XXe siècle fut le résultat du passage des diploïdes aux tétraploïdes (la différence étant dans le nombre de chromosomes). Mais à cette époque-là, ni les chromosomes, ni les gênes n’étaient très connus, et le succès de ces premiers hybrideurs qui ignoraient, pour la plupart cette différence, était le résultat de leur intuition et d’un immense effort ; car ils transférèrent les différentes couleurs et les types de couleurs des diploïdes à petites fleurs sur des tétraploïdes d’une seule couleur blanc ou pourpre à fleurs plus grosses. Quelques variétés de jardin furent produites par croisements entre tétraploïdes, mais les meilleurs résultats, dans ces années d’évolution, furent obtenus en les croisant avec des diploïdes du XIXe siècle. Et c’est à partir de ces croisements qui donnaient la plupart du temps des triploïdes stériles, qu’apparaissaient de temps en temps un tétraploïde à grosses fleurs, avec une forme nouvelle, une bonne substance et un beau plant.
Un pas décisif fut franchi, quand le botaniste français Marc Simonet, consacrant le sujet de sa thèse aux Iris, mettait au point une méthode scientifique pour la détermination de leur nombre de chromosomes. En 1945, les Iris modernes sont devenus tétraploïdes à 100 %.
C’est essentiellement par les créations de Sociétés d’Iris aux USA, en Angleterre et en France, que toutes ces recherches et améliorations allaient pouvoir être soutenues, coordonnées et stimulées par la création de nombreuses récompenses, essentiellement les annuelles Dykes Medal.
En France, le début du XXe siècle fut riche en amateurs et hybrideurs d’Iris. La célèbre firme Vilmorin proposait ses propres variétés, les premiers hybrides tétraploïdes qui pouvaient rivaliser avec les semis de Foster : ‘Isoline’, ‘Tamerlan’, ‘Oriflamme’, puis ‘Alcazar’, ‘Déjazet’ et ‘Ambassadeur’. Dans le sud de la France, à Balaruc-les-Bains, Ferdinand Denis obtint ‘Mme Claude Monet’, ‘Melle Schwartz’.
Lionel Millet, pépiniériste de Bourg-la-Reine, donna ‘Souvenir de Mme Gaudichau’ et ‘Souvenir De Laetitia Michaud’. Ferdinand Cayeux entra en scène quelques années plus tard que ses compatriotes, mais tout de suite il les distança par la quantité et la qualité des Iris qu’il introduisit. Ses Iris, vainqueurs de la médaille de Dykes française, comprenaient des variétés connues par les amateurs et hybrideurs à travers le monde des Iris : ‘Pluie D’Or’, ‘Député Nomblot’, ‘Mme Louis Aureau’… variétés qui figurent éminemment dans le développement des Iris modernes, puisque pour la plupart on les retrouve dans les ancêtres de variétés récentes, partout dans le monde. Ce formidable essor des Iris en Europe et particulièrement en France, a pris fin lors de la seconde guerre mondiale et l’Iris tomba peu à peu dans l’oubli ; oubli dont il est sorti ces dernières années et de nouveaux hybrideurs ont repris le flambeau de leurs ainés.

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3. Les Pogoniris (Iris des Jardins)

Le survol général des origines et du développement de ces Iris nous amène au vif du sujet. Les Pogoniris sont les Iris les plus connus et les plus utilisés. Ce sont aussi ceux qui ont été le plus améliorés par la recherche. Ils nous offrent la plus grande richesse en coloris et en combinaison de tons. Cette palette sans limite est possible par une double série de pigmentation (rare dans le monde des fleurs). Une première coloration est donnée par des pigments solubles dans l’eau (anthocyanes) et contenus dans de petits ballonnets formant la substance de la fleur ; il s’agit des tons rouge-pourpre à bleu, plus ou moins concentrés. La deuxième coloration est fournie par des pigments solubles dans l’huile (carotènes), formant l’enveloppe de ces ballonnets ; ils donnent les coloris jaunes, oranges et roses. Ces deux colorations, qui jouent par superposition, peuvent être ensemble ou séparément inhibées totalement ou en partie. Si l’on ajoute la coloration de la barbe codée par un gène indépendant, on imagine facilement toutes les combinaisons chromatiques qui peuvent en découler, et les portes ouvertes aux hybrideurs.
Les hybrideurs se sont aussi fortement intéressés à la forme des fleurs d’Iris, et l’évolution de celle-ci a été décisive dans les apports de ces dernières décennies. Les motivations de ces transformations relèvent d’un souci esthétique, mais aussi fonctionnel ; les formes actuelles, aux pièces florales plus larges et ondulées, inscrites dans l’espace moins verticalement, donnent une meilleure tenue aux fleurs qui peuvent durer plusieurs jours. D’une façon générale, on demande actuellement des pétales dressés en forme de dôme ou de torche ; tout récemment une nouvelle forme est apparue, débordante (Bubbles), donnant une allure de nonchalance contrôlée. Les sépales doivent être horizontaux ou semi-horizontaux, assez larges pour se rejoindre et si possible se chevaucher à la gorge.
En combinaison de couleurs, existent de nombreux types essentiels :
- soit une couleur unie pour toute la fleur (self),
- soit la partie dressée blanche et les sépales de couleur (bleu, pourpre, jaune au rosé) pour le type amoena,
- soit des mouchetures et dessins de couleur soutenue sur un fond clair (blanc, rose ou ivoire) pour le type plicata,
- soit une combinaison de deux couleurs (bleu-jaune, rouge-jaune, bleu-rose) pour le type variegata.
De nouvelles combinaisons peuvent être obtenues en mêlant ces différents types. La couleur de la barbe, génétiquement indépendante, peut être bleue, rouge, orange, jaune ou ton sur ton avec la fleur ; de toute façon en accord coloré, ou quelquefois dissonant.
Pour la structure d’ensemble de la hampe (branchement), des rapports harmoniques entre les différents étages sont indispensables pour situer de façon agréable à l’œil, plusieurs fleurs ouvertes en même temps (la loi du nombre d’or est appliquée).
La taille de ces Iris de Jardin est variable, en gros on distingue trois catégories :
- les Grands Iris barbus (70 à 120 cm),
- les Iris intermédiaires (40 à 70 cm),
- les Iris Nains et miniatures (jusqu’à 40 cm),
ce qui donne une grande souplesse en utilisation paysagiste (massif, bordure et rocaille).
La culture est sans grand problème, à condition de respecter deux règles essentielles : ensoleillement et bon drainage. La plantation se fait de préférence pendant la période de semi-repos d’été. La fertilisation doit être faiblement azotée et les fumures fraîches sont à éviter. Le sol doit être tenu propre. Des conseils plus détaillés sont donnés dans tous les catalogues spécialisés.
Une plantation peut durer, avec une bonne floraison, environ 5 ans au même endroit. Ensuite il vaut mieux éclater les touffes et replanter sur un terrain reposé.

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4. Les Iris Remontants

Encore inconnus de la plupart des jardiniers, ces types d’Iris devraient rapidement devenir des plus populaires.
Déjà, par des floraisons fortuites à des époques anormales d’Iris courants, des confusions commencent à naître sur de « faux-remontants ». Par définition, un Iris remontant est un Iris qui, ayant fleuri normalement au printemps, est capable de produire régulièrement une autre floraison. C’est-à-dire que, par un doublement du cycle de végétation, après la floraison du rhizome central, les repousses de l’année doivent être capables, par une initiation florale directe, de mûrir et de fleurir à chaque saison. Le remontant, cela va de soi, doit donc être doté d’un système respiratoire en feuillage et racines, capable de fournir une photosynthèse rapide, assurant le renouvellement des tissus.
Les conditions climatiques ont une importance certaine dans ce type de culture. Les régions à climat très froid sont exclues (sauf sous condition de culture protégée). Pour les régions à climat chaud et moyennement froid, des essais sont nécessaires pour trouver les variétés qui s’adaptent le mieux. En général les résultats sont bons quand le climat est voisin de celui où la variété a été obtenue.
Il va aussi de soi que cette culture demande plus d’attention que celle des autres Iris, étant donné l’effort continu demandé au plant. Mais quelle joie pour l’amateur d’Iris de savourer une belle floraison automnale.
Afin de ne pas laisser s’installer une période de dormance en été, des arrosages réguliers pendant cette période sont nécessaires. La préparation du sol à la plantation doit être prévue plus profond et la fertilisation plus fournie.
Historiquement, le développement de ce type d’Iris a été plus lent, étant donné les conditions génétiques particulières qui diminuent les chances de sélection. Le premier remontant fut découvert accidentellement et les premiers travaux, à partir d’un grand Iris et d’un Iris nain remontant, ne donnèrent que des hybrides stériles. Il fallut de nombreuses années pour enfin obtenir des cultivars tétraploïdes fertiles, ouvrant tout un éventail de créations. La recherche demeure cependant plus ingrate et lente, légèrement en retard, pour la partie ornementale, sur les autres Iris. Mais c’est peut-être celle-là qui a le plus d’avenir.
Après cette présentation des Iris les plus connus, les Iris de Jardin, cette étude serait boîteuse et surtout non actuelle sans décrire des Iris d’autres sections, qui se sont répandus récemment aux USA et que l’Europe commence à découvrir. En plus de nouvelles formes de végétation et de fleurs, ces autres Iris ont le grand intérêt d’une floraison à d’autres époques : les Iris Arils plus précoces et les Iris Spuria, Louisiana, Sibirica et Kaempferi que nous présentons ci-dessous.

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5 – Les Iris Arils

Les Iris qui ont été groupés dans cette catégorie, sont originaires d’Asie centrale, d’Asie mineure et de Syrie. Par leurs coloris étranges, raffinés et exotiques, par leur forme particulière, ils sont sans doute les plus caractéristiques du genre Iris, et l’amateur de fleurs rares y trouve largement son compte. Ils sont aussi les moins connus et cultivés. Leur culture offre en effet (en ce qui concerne les Arils purs) des difficultés qu’il ne faut pas cacher. Difficultés issues de leur mode de végétation naturelle dans leur pays d’origine (régions arides et désertiques, aux périodes de pluie très courtes au printemps et aux étés torrides où le sol se dessèche complètement).
On les a classés en deux sections :
- regelias : originaires d’Asie centrale et du Turkestan, ce sont les moins difficiles à cultiver. Il faut les planter en plein soleil, dans un terrain calcaire et bien drainé et les rhizomes sont tenus secs tout l’été.
On connait surtout trois espèces : Iris hoogiana à fleur bleu porcelaine et plant robuste ; Iris korokowii (Turkestan) à fleur blanc crème veinée de brun ; Iris stolonifera (Boukhara) à fleur blanche veinée de brun et violet.
- oncocyclus : les plus difficiles à cultiver et conserver. Leur épanouissement apporte les plus grandes joies. Plus nains que les regelias, leur fleur est très grosse, de texture soyeuse et de coloris magnifiques avec des taches de tons rares (bleu, brun-roux, argent, pourpre sur fond blanc, crème). Les sépales sont marqués d’un gros macule foncé. La plantation est faite en octobre-novembre dans un sol calcaire (pH 7 à 7,5) et surélevé ; les rhizomes sont couverts de 1 à 2 cm de terre ou mieux de sable et maintenus secs pendant tout l’été. Les plus connus sont : iris gatesii à très grosse fleur (15 cm de diamètre) blanc bleuté veiné de gris sur blanc vert piqué de brun ; Iris lortetii (Liban) à grosse fleur violet pâle veiné de rouge-brun ; Iris sari (Anatolie) à fleur jaune plus ou moins pâle et veinée de brun-rouge ; Iris suziana, le plus connu, à grosse fleur blanc-gris de lin veinée de pourpre-noir et longtemps cultivé pour la fleur coupée.
Malgré les difficultés de culture de ces Iris, la grande beauté de leurs fleurs ont pu nettement enrichir les nouvelles variétés par hybridation. Les premiers hybrides étaient obtenus, vers 1890, par Van Tubergen, en croisant des regelias et des oncocyclus. Ces croisements unissaient la beauté des seconds à la facilité de culture des premiers par des plants vigoureux, rustiques, florifères et des fleurs très belles.
La voie était ouverte et l’idée se forma vite d’associer ces Arils aux Pogoniris. Le plus grand avantage que nous apporte les hybrides oncopogons (issus de parents Pogoniris) est une facilité de culture sensiblement la même que celle des grands Iris de Jardin.
On y distingue essentiellement deux groupes :
- les premiers (hybrides de Mohr) obtenus la première fois par l’hybrideur américain William Mohr, à partir d’un croisement entre l’oncocyclus gatesii avec un plicata (parisiana),
- le second groupe a résulté des travaux de C. White ; leurs caractères sont plus approchant de ceux des Arils purs et sont issus de croisements répétés entre des oncocyclus et des pogoniris. Largement utilisés par les hybrideurs, ils donnent depuis des variétés aux harmonies étranges, se combinant à l’infini. Leur culture ne pose pas plus de problèmes que celle des grands Iris de Jardin. Prévoir un bon drainage, un sol ameubli sur une profondeur de 20 à 25 cm. S’il est trop lourd, il doit être amendé avec environ 30% de sable. Une fertilisation sérieuse au moment de la plantation (même type d’engrais que pour les autres Iris) est une bonne opération. Contrairement aux Arils purs, les hybrides s’accommodent bien de quelques arrosages pendant les mois d’été trop secs.
Outre la beauté exotique des fleurs, étant donnée la relative facilité de culture, les Arils hybrides ont l’avantage spécifique de faire débuter la floraison des Iris deux à trois semaines plus tôt.

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6. Les Iris spurias

Les origines des Iris spuria botaniques sont très diverses, allant des régions Ouest méditerranéennes (Afrique du Nord, Espagne, Corse) à l’Est de l’Angleterre. D’autres types ont été découverts en Russie, Afghanistan et Chine. Pour description, on peut signaler de grandes plantes aux feuilles étroites, épaisses, vert foncé et aux hampes florales de 80> à 150 cm. Les fleurs ressemblent à celles des Iris bulbeux mais de substance plus épaisse et en plus grand nombre sur la harpe (4 à 6).
On connait une quinzaine d’espèces divisées en deux groupes : le premier comprend 2 espèces (ochroleuca, crocea) à 40 chromosomes ; leur taille est d’environ 150 cm et leur dormance se situe entre la fin de l’été et la fin de l’automne. Les hybrides modernes proviennent essentiellement de ces espèces. Le second groupe est le plus important ; les espèces proviennent de régions plus nordiques et sont en dormance complète en hiver. Le nombre de chromosomes est variable : de 38 à 43. En hybridation, ces espèces ont apporté les pigmentations en lavande et bleu.
Ces dernières décennies, grâce aux hybrideurs américains, les fleurs d’Iris spurias ont subi une importante évolution. Les premiers croisements effectués à la fin du XIXe siècle par Sir Michael Foster, à partir d’espèces à 40 chromosomes, apportaient quelques améliorations, et de ces hybrides allaient naître une majorité des hybrides modernes. Les hybrideurs américains prirent le relai avec Washington et plus tard Eric Nies et apportèrent aux premiers hybrides à dominante jaune, les pigments bleus qui permirent une nouvelle gamme de crème, bronze, brun et lavande.
Actuellement les nouveaux hybrideurs américains apportent leur contribution aux hybrides modernes et améliorent les fleurs par des pétales ondulés> et très larges, des couleurs plus pures et nouvelles et une précieuse résistance aux infections par virus. Globalement, les buts recherchés en sélection de nouveaux Iris spuria peuvent ainsi se résumer : amélioration de la largeur et substance de la fleur - recherche de coloris nouveaux et purs - meilleure répartition des boutons floraux sur la tige et augmentation de leur nombre (5 ou 6) - et enfin résistance aux infections par virus par l’utilisation de parents résistants.
La culture des Iris spuria est à portée de tout jardinier. Les meilleurs résultats sont obtenus dans des terrains neutres ou légèrement alcalins, bien drainés et ensoleillés, riches en humus ; mais ils s’adaptent à presque tous les types de terrains. Ils sont plantés à l’automne à 5 cm de profondeur et bien arrosés. Ils aiment une humidité constante et réagissent très bien aux fertilisations. La multiplication est rapide, mais serrée, ce qui permet de les laisser en place plus longtemps que les autres.
Tout comme les Arils, leur période de floraison est décalée par rapport aux Iris de Jardin et prolonge celle-ci agréablement. Selon la latitude, elle intervient deux à trois semaines après celle des grands Iris.

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7. Les Iris Louisiana

Bien que décrits et connus depuis le début du XVIIe siècle, on comprend difficilement que ces Iris aux fleurs spectaculaires aient été découverts aussi tardivement par le public. Mais le développement de magnifiques hybrides, ces dernières décennies, et leur introduction dans le commerce devrait rapidement faire exploser leur beauté dans les jardins. Comment ne pas le penser, quand on connait toutes les qualités de cet Iris : floraison luxuriante de toutes nuances par des fleurs larges, de substance épaisses, nombreuses sur de grandes tiges vigoureuses, multiplication rapide, résistance aux maladies et feuillage très ornemental, vert toute l’année.
Au départ, trois espèces naturelles ont été découvertes en Louisiane : Iris fulva, grand, vigoureux, au feuillage vert jaune et fleur rouge, cuivre, orange et jaune, à pétales retombants ; iris giganticoerulea, hâtif, à feuillage vert bleu et fleurs bleues ; Iris brevicaulis, tardif, plus adapté aux climats nordiques, à végétation basse, aux tiges en zigzag, à fleurs bleues et blanches. A ces trois espèces naturelles, s’ajouta d’abord un premier hybride, issu du croisement fulva X brevicaulis, qui se répandit rapidement ; le nelsonii, grand, vigoureux, bien branché, à fleurs larges, plates et veloutées, de couleur jaune à cramoisi.
A partir de ces 4 types, de nombreuses générations d’hybrides de plus en plus spectaculaires allaient naître. La possibilité d’utiliser des espèces où se trouvent naturellement les couleurs primaires : bleu, jaune rouge et blanc, donne une palette aux nuances infinies. La sélection allait donner des cultivars de plus en plus vigoureux, généreux et des fleurs en plus grand nombre, larges, ondulées et de substance de plus en plus épaisse et veloutée.
N’ayant pas d’espèces tétraploïdes naturelles à leur disposition, les chercheurs ont crée des tétraploïdes induits aux qualités améliorées. La recherche est encore largement ouverte.
La culture des Louisianas ne pose pas de problème majeur. Bien qu’issus de marécages, ils s’adaptent bien à la culture en plate-bande sous condition d’arrosages réguliers pendant la période de végétation active et de floraison. Ils demandent un terrain neutre ou à tendance acide (dans certains cas un lit acide est nécessaire). Une bonne fertilisation en fumure organique et engrais peu azoté donne des floraisons magnifiques.
En général les plants peuvent rester 3 à 4 ans à la même place. La meilleure époque de plantation est d’Août à Novembre. Un bon ensoleillement (au moins 4 heures par jour) est recommandé. La floraison intervient en Mai ou Juin selon le climat, et dure 8 semaines. Enfin c’est une magnifique fleur coupée, de longue durée (jusqu’à 3 semaines en vase) qui devrait bientôt conquérir les magasins de fleurs.

8 – Les Iris Sibirica

C’est un Iris de grande taille (60 à 90 cm chez les espaces et jusqu’à 120 cm chez les nouveaux hybrides) qui fleurit légèrement après les grands Iris barbus. La fleur, retombante chez les anciens cultivars, et plus horizontale chez les hybrides, est à tendance bleu-violet royen, avec des variations en pourpre et rose. Quelques récentes obtentions apportent du jaune-crème et bleu foncé.
La création de tétraploïdes induits (les espèces naturelles étant exclusivement diploïdes) par la colchicine, a amélioré la largeur et la substance des fleurs.
La culture est relativement aisée dans les terrains dont le pH n’est pas trop bas ou trop élevé (5,5 à 6,9) sous condition d’une irrigation abondante. La plantation doit être faite de préférence en automne, un peu plus profond que pour les Iris barbus (rhizome recouvert de 2,5 cm).

9. Les Iris japonais ou Kaempferi

Ces Iris, cultivés religieusement au Japon, depuis 500 ans, ont été exportés aux USA et en Europe au début de notre siècle. Ils sont surtout caractérisés par une très grande fleur plate (20 à 35 cm), à texture veloutée et satinée. Les coloris sont blancs avec des stries et marbrures pourpres à bleues, qui donnent un effet très lumineux.
Malheureusement, la culture est limitée par des exigences de terrain acide (pH 5,5) et d’arrosages très abondants pendant la végétation active. La floraison intervient après celle des grands Iris barbus (de fin Mai à Août selon la latitude) et dure 4 à 6 semaines. La plantation est faite en automne, plus profondément que les autres Iris (7,5 cm) et doit être renouvelée tous les 3 ans.
Il existe, bien entendu, de nombreux autres types d’Iris, connus essentiellement des collectionneurs et qui demanderaient un développement plus long. Ici, je me suis attaché à vous présenter les Iris les plus couramment utilisés pour l’ornementation des jardins, ceux qui avec un minimum de soins, vous feront découvrir l’Œil du Paradis.

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