Iris d’Hyères

Tout est parti de la découverte du catalogue 1903 de la Maison Deleuil & fils [1], mentionnant des iris « hyerensis ».

L'approche des quarante ans d'Iris en Provence semblait une bonne occasion de collecter des documents, voire, s'il en existait encore, de retrouver des variétés horticoles ou botaniques anciennes dans la région d'Hyères. Une première recherche dans l'Iris Encyclopedia de l'AIS n'avait apporté que peu de résultats, voire des informations parfois confuses ou contradictoires, quand nous avons trouvé un PDF réalisé par Alun Whitehead [E]. C'est un recueil de plusieurs textes publiés au début du XXe dans la revue britanique The Gardeners' Chronicle. Dans ces articles écrit dans la fin de sa vie, William Ryckatson Dykes parlait des iris qu'il avait vus ou collectés dans la région « entre Hyères et la mer ». De nouvelles recherches s'imposaient. Grâce à Tela Botanica , il a été possible d'accéder à des bases de données botaniques et de contacter les membres du réseau de la botanique francophone, habitant notre région. Monique Anfosso a bien voulu prêter THE GENUS IRIS [2], qu'elle conservait précieusement et la bibliothèque numérique Gallica s'est révélé être un outil très efficace. Après quelques traductions et/ou comparaison de documents, voici un essai de synthèse sur les iris de la région d'Hyères, depuis le 19e siècle.

Sur la piste des iris d'antan

Cultivars anciens

Iris Hyerense Lilacina - Présenté en 1903 par Deleuil dans son catalogue. En 1912, Dykes le mentionne sous le nom hyerensis. Ayant reçu par erreur des Iris tingitana, à la place de hyerensis, il émet l'hypothèse d'une forme cultivée, à propos de tingitana. En 1913, il remet en cause l'origine de hyerensis : « Le genre Iris est subdivisé en sections par certains caractères morphologiques (voir p. 13), et le fait que les hybrides entre les différentes sections sont à la fois extrêmement rares et ont été jusqu'à présent toujours stériles, semble montrer que ces caractères indiquent des différences très réelles dans la nature des plantes. Par exemple, aucun hybride entre un bulbe et un iris non bulbeux n'a encore été enregistré, nonobstant le fait qu'il a été déclaré une fois que I. kaempferi et I. xiphioides avaient été combinés pour produire I. hyerensis de Deleuil . J'ai vu le dénommé I. hyerensis pousser dans le jardin de Deleuil à Hyères, et je ne doute pas que ce n'est qu'une forme de I. Spuria. Quand on se rappelle que ce dernier ainsi que I. xiphioides et I. Kaemferi produisent abondance de semences et sont presque certainement auto-fertiles, il est facile de voir comment un croisement supposé peut avoir été produit dans un jardin où les trois iris poussaient. En outre, non seulement aucune Iris bulbeux n'a été croisé avec une espèce non bulbeuse, mais de plus il n'a pas été possible d'élever des hybrides entre les membres des différents groupes qui composent la section bulbeuse. Un xiphium ne sera pas hybridé facilement avec soit un reticulata, soit un Juno, et il est même possible d'aller plus loin et dire que les membres des différentes subdivisions du groupe Juno sont stériles au pollen de l'autre (voir p. 188). ». Bibliographie : [D] (p. 29), [F] (pp. 234-235), [G] (p. 233).

Spurias d'Hyères

planche XVII

Voici la traduction de quelques passages de THE GENUS IRIS, The Spuria Group, pp 57-60 : « (..) Pour des raisons qui peuvent maintenant être expliquées, il est probablement impossible d'appliquer le nom de I Spuria à une plante particulière. Il ne fait guère de doute que Linnaeus regroupait sous ce même nom un certain nombre de formes, qui sont plus ou moins distinctes l'une de l'autre bien que possédant tous une ressemblance familiale fortement marquée. Il décrit l'espèce (in Species Plantarum, Ed. I p. 39, n°12 - 1753) comme un iris sans barbe, avec des fruits à six nervures, une tige à feuilles rondes et presque linéaires, et il semble évident qu'en tout cas, il a pu avoir connaissance de l'existence des formes Espagnole, Française et Autrichiennes. Par exemple, il cite l'Hortus Cliffonianus, p. 19, dans lequel nous obtenons une référence à Clusius, Hist. I, p. 228. Clusius y mentionne un iris qu'il avait trouvé en 1563, poussant près de Oppenheim sur le Rhin et à proximité de Mandersdorf, à cinq miles de Vienne, et plus tard en 1572 près de Lindwa en Hongrie. D'autre part, Linné introduit une référence aux formes espagnoles et françaises en citant C. Bauhin, Pinax, p. 32. Ce dernier mentionne à la fois les I. angustifolia media, Clus. Hisp. p. 286, et les angustifolia major, Clus. Hist. I, p. 228. Dans son Histoire des plantes espagnoles, Clusius ne manque pas de distinguer les plants allemands, qu'il appelle angustifolia major des angustifolia media, qu'il avait trouvés poussant en Espagne près de Valence et en Gaule Narbonnaise [3].
En 1910, Bernatsky et Jänchen (OBZ. p. 335) ont cherché à différencier la plante allemande et autrichienne de celle qui se trouve dans le sud ou la France. Ils ont déclaré que la première a une croissance plus grande et plus luxuriante, avec de courtes tiges- feuilles qui exposent la partie supérieure de chaque nœud. Ils définissent l'autre comme se différenciant par sa croissance plus mince et ses longues tiges-feuilles qui couvrent presque la totalité des nœuds et les surpassent en longueur. Pour cette dernière, ils voulaient donner le nom de I. spathulata Lamarck, tandis que la première a été nommée I. Subbarbata par Joo (cf. Verh. Siebenb. Ver. Naturw. II, I851, p. 93) en référence à la pubescence qui est visible même à l'œil nu sur un examen attentif de la nervure centrale sur les chutes [4].
Les objections à cela sont tout d'abord que Lamarck (Encycl. III, 1789, p. 300) donne l'Autriche ainsi que le sud ou la France comme l'habitat de son I. spatulata, et d'autre part qu'il a aussi un nom I.maritima, porté par un spécimen dans son Herbarium du Jardin des Plantes de Paris qui est presque certainement identique à la plante qui pousse maintenant, et que j'ai moi-même recueillie, dans les marais entre Hyères et la mer. En outre, dans une publication postérieure (Flore Franç., Ed.III., 1805, p. 239) à la fois spathulata et maritima sont donnés synonymes de I. spuria.
Récemment, j'ai obtenu la floraison de quelques spécimens de Vias dans les alentours d'Agde (Hérault) qui se sont avérés se différencier de ceux d'Hyères par le fait de posséder de courtes tiges-feuilles atteignant à peine plus des deux tiers de chaque nœud.
Il est donc impossible de dire qu'une forme existe en Autriche et une autre dans le sud de la France, tant celle de Vias semble identique en tous points au subbarbata autrichien. En outre, les échantillons espagnols, bien qu'ils sont aussi minces dans leur croissance que le sont ceux d'Hyères, ont leurs tiges-feuilles à peine égale à la longueur des entre-nœuds. En Algérie on trouve une forme, qui est apparemment seulement une plus grande version de la forme espagnole, tandis que l'île danoise de Saltholmen contient une autre forme très similaire. D'autre part, les spécimens de la région de Rocheford (Charente inférieure) sont dans certains cas identiques avec les exemples Hyères et dans d'autres plus grand encore. »
« (..) D'après ce qui semble le mieux adapté à la situation, nous devons nous contenter de définir I. spuria plutôt comme l'abstraction des qualités communes d'un certain nombre de formes locales que comme une plante individuelle. (..) »

Iris de Sibérie

Dans la section « APOGON » (The Genus Iris, p. 20), Dykes indique pour « I. SIBIRICA » le synonyme I. maritima, d'après deux sources bibliographiques : MILLER, P., The Gardeners' Dictionnary, Ed. VIII n° 11, 1768 ; REICHENBACH, H. G. L. et REICHENBACH, H. G., Icones Florae Germanicae et Helveticae, CCCXLI, fig. 768, 1847.
L'iris de Sibérie ou Iris Sibirica L. est présent dans le Var, d'après Tela Botanica . Il n'est pas impossible que des confusions passées se soient produites en raison de ce terme « maritima » partagé avec les spurias, si l'on considère qu'ils ont pu cohabiter dans les marais d'Hyères.

Iris botaniques

Plusieurs espèces d'iris, collectés ou localisés à Hyères, sont mentionnées dans la littérature botanique.

I. fœtidissima

Collecté en 1831 par Hb. Braun (Dykes, 1913). Mentionné en 1908 par Albert et Jahandier. Présent dans l'herbarium du jardin botanique de Berlin (Dykes, 1913) ; Crouzet le signale en 2007 comme très rare sur l'île de Porquerolles. Actuellement cultivé par Monique Anfosso, dans son jardin à Hyères. L'iris fétide ou Iris foetidissima L. est présent dans le Var, selon Tela Botanica . Bibliographie : [D] (p. 472), [G] (p. 50), [H] (p.123), [I] (p. 72).

I. chamaeiris

Décrit en 1855 sous le nom Iris olbiensis par Hénon, mentionné par Grenier et Godron. Collecté en 1867 par Moggridge, en 1872 par Mill (Dykes, 1913). En 1908, mentionné par Albert et Jahandier et collecté par Raikes (Dykes, 1913). Présent dans l'herbarium de Kew, cultivé dans le jardin de Dykes (1913). L'iris des garrigues ou Iris lutescens Lam., nom donné à Iris chamaeiris subsp. olbiensis (Hénon) K.Richt est présent dans le Var, selon Tela Botanica . Bibliographie : [A] (p. 462), [B] (p. 240), [D] (p. 473), [G] (p. 148).

Iris germanica L.

Mentionné depuis longtemps dans de nombreux ouvrages ; Aboucaya le signale en 2004 au Salin des Pesquiers et en 2008 aux Vieux Salins. L'iris flambe, iris bleu d'Allemagne ou Iris germanica L. est présent dans le Var, selon Tela Botanica . Bibliographie : [B] (p. 241), [J] (p. 39).

Iris florentina

Mentionné en 1855 par Grenier et Godron. Mentionné en 1912 par Rouy. L'Iris germanica 'Florentina' n'est pas dans le Var, selon Tela Botanica . Bibliographie : [B] (p. 241), [F] (p. 79).

I. spuria L.

Mentionné en 1855 par Grenier et Godron. Mentionné en 1908 par Albert et Jahandier ; Crouzet le signale en 2007 comme très rare sur l'Île de Porquerolles ; en 2011, Aboucaya indique Loisel (1976) comme « 1ère citation ancienne ». L'iris bâtard ou iris spuria L. a disparu du Var, selon Tela Botanica . Bibliographie : [B] (p. 243), [D] (p. 472), [I] (p. 72), [J] (p. 39).

I. spuria var. maritima

Collecté en 1861 par Huet et Jacquin (Dykes, 1913). Cultivé en 1911 par Dykes dans son jardin. Présent dans : herbarium de Kew, herbarium du Hofmuseum de Vienne, herbarium de l'Université de Cambridge, British Museum (Département d'Histoire Naturelle de South Kensinton), herbarium du jardin botanique de Berlin (Dykes, 1913). C'est sur cet iris qu'il y a eu le plus de confusion dans la documentation et un paragraphe lui est consacré, plus loin. L'iris maritime ou Iris reichenbachiana Klatt, avec pour synonymes : Iris maritima Lam., Iris spuria sensu auct. plur., Iris spuria subsp. maritima (Lam.), Iris spuria var. maritima (Lam.) a disparu du Var, selon Tela Botanica . Cependant, en parcourant la Toile, nous avons découvert au bas d'une page consacrée aux fleurs bleues , une photo d'iris spuria (cliché pris le 10/05/2010 sur la commune du Pradet, d'après l'auteur). Bibliographie : [G] (pp. 57-60, planche XVII).

Iris tuberosa

Mentionné en 1908 par Albert et Jahandier ; photographié en 2004 par Bock et par Tasset, puis en 2014 et (2015 par Iris en Provence (Carqueiranne). L'iris du serpent ou Iris tuberosa L. est présent dans le Var (voir aussi Tela Botanica . Bibliographie : [D] (p. 472).

Iris pseudacorus

Mentionné en 1911 par Dykes ; Crouzet le signale en 2005 sur l'île du Levant, en 2007 comme rare sur l'Île de Porquerolles. L'iris des marais ou Iris pseudacorus L. est présent dans le Var, selon Tela Botanica . Bibliographie : [E] (p.79) [H] (p.132), [I] (p. 72).

Iris Sintenisii

Mentionné en 1912 par Dykes qui remarque des similitudes entre I. spuria var. maritima collecté à Hyères et I. Sintenisii, présentés côte à côte sur la Planche XVII, sans indication sur une éventuelle présence dans le Var. Pas de correspondance trouvée dans Tela Botanica. Bibliographie : [G] (pp. 237-238, Planche XVII).

Bibliographie

Ouvrages cités

  • [A] 1855 - HÉNON : Annales de la Société Agricole de Lyon, VII, p. 462.
  • [B] 1855 - GRENIER, Charles et GODRON, Dominique-Alexandre : Flore de France, Tome III, première partie, pp 240, 241, 243.
  • [C] 1903 - DELEUIL, J.-B.-A. et Fils : catalogue n° 67, p. 29.
  • [D] 1908 - ALBERT, Abel et JAHANDIER, Émile : Catalogue des plantes vasculaires qui croissent naturellement dans le département du Var, p. 472,473 - Extrait du catalogue (343 Ko), d'après les archives numérisées de Gallica .
  • [E] 1911 - DYKES, William Rickatson : The Gardeners' Chronicle, June 17th, p. 79, 234-235 - Extraits traduits (24,8 Ko), d'après la compilation réalisée par Alun Whitehead.
  • [F] 1912 - ROUY, Georges : Flore de France ou description des plantes qui croissent spontanément en France, en Corse et en Alsace-Lorraine, Tome XIII, p. 79.
  • [G] 1913 - DYKES, William Rickatson : The Genus Iris, p. 50, 57-60, 148, 233, 237-238, planche XVII - Voir les planches illustrées sur le site de David E. Joyce (USA).
  • [H] 2009 - CROUZET, Nicolas : Travaux scientifiques du Parc national de Port-Cros, Tome 21, p. 123, 132.
  • [I] 2009 - CROUZET, Nicolas : Travaux scientifiques du Parc national de Port-Cros, Tome 23, p. 72.
  • [J] 2011 - ABOUCAYA, Annie : Travaux scientifiques du Parc national de Port-Cros, Tome 25, p. 39.

  • [1] Note : Catalogue Deleuil & fils 1903.
  • [2] Note : Dyke's Monograph : The Genus Iris (en anglais).
  • [3] Note : Cette région s'étendait des Pyrénées, à l'Ouest, jusqu'au fleuve Var, à l'Est.
  • [4] Note : « Un examen microscopique de cette pubescence montre, cependant, qu'elle est constituée de processus unicellulaires, qui sont tout à fait distincts de la structure des poils multicellulaires des barbes de Pogoniris. En outre, cette pubescence est une caractéristique marquante de la plupart des formes de I. spuria. » (Dykes, 1913)

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